Vue périphérique
décembre 2, 2007 par unefillecommeca
À table, avec une amie pour déjeuner. L’odeur des oeufs et du café titille mes narines. Il est dix heures, samedi. Nous prenons place, vue côté Jean Coutu et stationnement, pour l’ambiance. Puis les mots déferlent, flot de conversations insipides avant de prendre une première gorgée de café. Le liquide chaud traverse mon corps et mes veines et se faufile dans mon esprit, qui lui, se réveille doucement. Tiens, la conversation sera plus facile.
Autour de moi, que des mots qui s’entrechoquent aux autres tables. J’écoute mon amie, je parle, mais j’observe en même temps les gens qui ont décidé comme moi, ce samedi, à dix heures, d’aller manger au même endroit. Pensées bizarres, n’est-ce pas? Oui.
Pendant que les mots coulent de source et que le café aussi, je remarque près de moi des petites familles, un petit enfant tout souriant. Son papa lui enlève sa tuque, peigne tendrement ses petits cheveux blonds. Au bar, des jeunes à la tuque non enlevée, des vieux sans aucun signe distinctif, des tapisseries de déjeuner. Je continue à parler, et nous entamons le déjeuner.
Pendant que mes papilles dégustent l’omelette bien chaude et que les petites pommes de terre se font attendre, je continue ma vue périphérique. Comme un radar, je détecte les papas de fin de semaine, c’est trop facile avec leur mine joyeusement coupable. En avant, un groupe de femmes dans la quarantaine aux grosses boucles d’oreilles et à la peau cuivrée, qui en ont vu d’autres. Leur salade de fruits se porte bien, merci.
Et des couples de deux par deux, l’air d’avoir veillé tard, qui rient encore du party de la veille, entre deux bouchées de saucisses. Des mots se ressemblent, des conversations familiales, des vieux amis qui ressassent les mêmes souvenirs, les mêmes exclamations. Des rires joyeux de fin de semaine, des mots cassants de couples croupis dans leur quotidienneté, des mots muets, pour ne rien dire. Des points d’exclamation.
Autour de moi aussi des bavardages incessants, accessoires, pour combler le vide entre deux gorgées. Et des enfants qui piaillent et les parents qui piaillent après leurs enfants. Mots joyeux, mots tristes.
Et mes mots, qui coulent de source comme mon café, je le redis, avec mon amie de toujours. Points d’exclamation, points d’interrogation, sourires et rires, une conversation qui n’en finit plus et qui s’harmonise bien avec la bla-bla des autres mots. Dans tous ces mots autour d’un bon plat se mêlent les nôtres, on nous entend un peu, les syllabes et les consonnes font partie de méli-mélo de bla-blas. Je suis contente d’en avoir fait partie.
J’aime bien ce post, très vrai, et très beau, les mots sont bien choisis