Intérieur

-Mais tu es sûre que ça va?

Elle a une voix faible, amaigrie de plusieurs kilos, juste le fait de regarder la nourriture la dégoûte. Elle n’entrevoit aucun avenir, ne parle presque pas, n’a ni envie de lire ni d’écrire, ni même de faire l’amour. Elle ne pleure plus, comme un robot elle accomplit ses tâches automatiquement, et elle ne sait même plus si elle existe. Personne n’est là pour l’aider, tous sont trop occupés, et elle, enfin, n’est pas morte. Si au moins elle se tachait les veines un peu, elle aurait un peu d’aide… ou du dédain.

Elle n’est pas là. Elle ne sait plus à quel endroit elle est. Elle ne veut même plus penser.

- Ça va bien? Tant mieux! Bon, je dois y aller.

(Elle est dégoulinante de sang par l’intérieur, déchirée, torturée, elle crie, elle pleure, elle est morte-vivante, elle demande de l’aide par tous les pores de sa peau, elle est désespérée et le crie à quiconque veut l’entendre, les poignets coupés et les yeux en larmes, la bouteilles de vin et de médicaments à côté d’elle)

- Oui, ça va aussi. Bon, je vais y aller aussi, la famille m’attend. Je vais aller faire le souper. À plus!

***

Elle rêve de ne plus se réveiller. Enfin, elle n’aurait plus à avoir ces cauchemars éveillés, solitaire en plus dans sa misère que tous ne voient pas.

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