Elvis has left the building

Non, je ne vais pas te voir, trop occupée à réfléchir au jour ou la vie m’a tout arraché. Oui, je sais, pour toi, c’est du passé. Oui, tu en as assez entendu. Vécu. Mais pas pour moi. Moi, chaque jour de ma vie, je me demande si je finirai cette journée merdique, et dans quel état. Chaque matin ne change pas, ne chante pas. Je ne parle plus, presque plus, tu as remarqué? Je me suis tue. Et je me tue lentement, tu as remarqué? J’avale mes larmes en comprimés, sinon, je ne pourrais que crier et vouloir détruire ce ciel de 2003 qui m’a arraché ma vie.

On m’a tuée. Je revois les scènes de crime chaque jour. J’essaie de ne pas les regarder. Mais mon esprit en porte encore les marques. Le bébé qui sort. La chambre d’hôpital, je me souviens. De tout. Les fleurs, mon petit bébé. L’infirmière bête aux cheveux blonds, de nuit. Puis celle aux cheveux rouges, qui nettoyait la chambre. Et le Journal de Montréal apposé près de moi, on y parlait de tennis, c’était la page couverture. Je me souviens du corridor, de la machine à café, à droite, et de la première fois ou j’ai remarqué que je me sentais pas bien. Moi mais pas la même. Mais voyons. Qu’est-ce que j’avais?

Simple déprime. Anémie. Bla. Bla.

Si tu savais à quel point je suis morte ce jour-là. Si, tu le sais, non, on ne peut retourner dans le passé. Mais non, je ne pleure pas. Je suis morte, tu le vois? Je suis depuis, une morte-vivante qui fake la vie qu’elle a perdu, au même moment qu’elle a donné la vie. Quelqu’un là haut a dû faire un trade.

Si au moins j’en étais pas consciente. Non, on a décidé de faire durer le plaisir en me laissant ma conscience. Je me sens comme une paralysée de l’âme, que personne ne comprend.

Ce jour-là, je portais un chandail bleu poudre. Il faisait beau dehors. On avait mangé des brochettes. Je m’en souviens. Je vivais encore.

Je devrais me débarrasser de ce qu’il y avait avant ma mort. Ça traîne en bas, et chaque jour, ça me rappelle que j’ai déjà vécu. La poussette que je voulais tant acheter, les petits vêtements de bébé, le parc. Le bain.

Plus jamais, je ne pourrai revivre tout ça. Je suis morte de l’intérieur. Et condamnée à vivre.

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