Me voilà aux prises avec cette grippe qui me permet une heure de congé et une journée de travail et d’observation.
Parmi les milliers de kleenex que j’ai utilisés, j’ai remarqué que je n’avais pas pensé à lui aujourd’hui, cet être ignoble qui ne vaut plus rien. Soit que je nie, soit que mon cœur a compris. Il y avait pourtant cette chanson qui m’a rappelée à lui, ce moron qui a poché tellement de sciences pures, en fait, sept ans, mais qui les as toutes fumées, mais rien, je n’ai pas eu le goût de pleurer. Soit. Je me trouve très bizarre.
Parmi les éternuements qui m’ont valu plusieurs souhaits, j’ai pu constater que j’avais froid et que tout le monde se plaint pour rien. Le travail est très important dans une vie, et quand on a la chance d’avoir une retraite gagnée d’avance, la santé et plein de sous en poche, pourquoi pourrait-on se plaindre de sa sécurité d’emploi et de ses bonis approchant les 15 pour cent par année? Quand on me dit que c’est injuste, que la paie est coupée de moitié parce qu’il y a les impôts, j’ai presque le goût de leur dire : Hé ho! Vous rendez-vous compte que plusieurs personnes sont pigistes, n’ont aucune sécurité d’emploi, et d’autres sont sur le chômage, l’aide sociale? Ils ne gagnent même pas le quart de votre salaire!
Les gens sont si aveugles dans leur confort qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont conscients, voient, entendent, sentent, aiment, ont des sous, un fonds de pension, une maison payée, des enfants, six semaines de vacances, des bonis, une sécurité d’emploi béton, le prestige d’un travail dans leur domaine…
Et je suis là, vaguement consciente, entre deux Halls, à écouter leurs doléances, moi qui n’est que contractuelle là-bas, qui lutte avec ma santé et mes amours, et qui doit me lever quand même… pour travailler dans un domaine tout autre… sans aucun intérêt. Quand on me demande : Hein lafillecommeça, c’est plate hein, de perdre la moitié de son salaire en impôt? Qu’en dis-tu? J’ai le goût de les envoyer… voir ailleurs…
… dans les coins bizarres de la vie, là ou il y a des paumés, des alcoolo, des bipolaires, des gens qui luttent avec leur santé mentale, des handicapés, des aveugles, des clochards, des drogués qui ont tout perdu, des suicidaires, des pauvres, des vieillards seuls, des victimes d’Alzheimer, d’AVC, des enfants de la DPJ…
Mais non. Ils sont aveugles. Ils ne peuvent être conscients de cela. Voilà, en cette journée pluvieuse, ma grippe d’observation.
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